De plus en plus d’organisations adoptent les « comités de l’ombre » (Shadow CoDir) pour impliquer les jeunes dans la stratégie d’entreprise, notamment concernant la transition digitale. Décryptage.

Le shadow CoDir est né avec les mutations technologiques

Au début des années 2010 comme vous le savez, les organisations nécessitaient d’être repensées et les offres disruptées, en accord avec les nouveaux usages numériques. Dans ces conditions de transition et face à des seniors parfois dépassés, certaines entreprises se sont tournées vers les plus jeunes. Qui de plus inspirant en effet que les digital natives pour relever les défis du Web ? Ces générations Y et Z, comme on les appelle, ayant grandi avec Internet et le Smartphone, détiennent pour la plupart une véritable culture numérique, une connaissance des codes, des usages et des technologies que les plus anciens n’ont pas.
C’est ainsi que les premiers shadow CoDir ont vu le jour au sein des grands groupes (shadow pour ombre et CoDir pour comité de direction), dans l’optique d’inventer de nouvelles stratégies en accord avec la transition numérique.

La culture numérique pour intégrer un shadow CoDir

Concrètement, le terme shadow CoDir désigne les comités de direction « parallèles » chargés d’apporter un regard neuf sur les décisions prises en comité de direction « officiel ». Ils se composent des juniors de l’entreprise, ceux qui ont moins de 35 voire 30 ans, dont les compétences sont reconnues et dont la complémentarité des profils permet de représenter tous les métiers et tous les services, à la manière d’un CoDir traditionnel. Dans les faits, il n’y a pas de règles à la constitution d’un shadow CoDir : 10, 15, 20 collaborateurs… La seule condition pour intégrer cette assemblée est de ne pas appartenir au CoDir officiel, d’être suffisamment compétent dans son domaine et d’être jeune, tout du moins de montrer une culture numérique suffisante.

Chez Engie Ineo, un shadow CoDir jeune et mixte

Par exemple en 2015, Yann Rolland devient PDG d’Engie Ineo qui compte plus de 14 000 collaborateurs. Il découvre le CoDir de l’entreprise avec « une équipe managériale âgée de plus de 50 ans et sans femmes. » Il décide de créer un comité de direction parallèle plus « digital native », mais aussi mixte « qui apporterait des idées nouvelles et challengerait les décisions prises par le comité de direction » (interview de Yann Rolland dans l’article du Monde du 06/06/2018 « À quoi servent les shadow CoDir »). Ce sont donc quinze cadres de moins de 35 ans qui ont été sélectionnés pour composer ce premier shadow CoDir d’Engie Ineo, pour un mandat de 18 mois. Leur rôle est resté purement consultatif.

La tendance shadow CoDir chez les grands groupes

Au cours des années 2010, d’autres entreprises ont adopté leur shadow CoDir, dans une optique de transition numérique ou plus largement pour intégrer les nouvelles générations aux réflexions stratégiques : AccorHotels, Adecco, La Macif, Eiffage ou encore Pernod Ricard, par exemple. À La Macif, un shadow CoDir planche sur le plan stratégique MaciFutur 2016-2020. Chez AccorHotels, il intervient dans le cadre du plan « Leading Digital Hospitality » chargé de répondre aux nouvelles formes de concurrence telles qu’Airbnb ou Booking. Chez Adecco, le shadow CoDir a carrément orienté la politique d’investissement vers des outils d’automatisation de tâches administratives.

En bref, le shadow CoDir semble avoir fait ses preuves aujourd’hui auprès des entreprises qui l’ont adopté, pour peu qu’elles s’y adonnent dans le cadre d’une réelle vision stratégique, au-delà de la seule volonté de brosser leur image. Toutefois, si les organisations s’enrichissent de l’avis des jeunes générations à travers leur shadow Codir, toutes maintiennent le pouvoir décisionnaire aux mains des aînés, résolument plus expérimentés, plus axés terrain et les seuls véritablement aptes à concrétiser les projets d’envergure.
En conclusion, nous pouvons dire que le shadow CoDir trouve son intérêt stratégique, mais c’est bel et bien la mixité des générations qui crée les synergies et élève l’entreprise.

Sources :